Trichromie

Le principe de la trichromie et les appareils trichromes.

La matière étant quasi infinie, il ne s’agit là que d’un résumé succinct et incomplet. Pour se faire une meilleure idée du sujet, il faut suivre les liens proposés… Bon voyage !

Le principe de la trichromie est de reconstituer l’ensemble des couleurs à reproduire en utilisant trois positifs monochromes obtenus à partir de trois négatifs impressionnés chacun par une seule couleur primaire. Cela peut se réaliser par deux méthodes :

  1. La méthode additive, où les couleurs « primaires » généralement utilisées sont le Rouge, le Vert et le Bleu. (RVB ou RGB : Red Green Blue.)

    1. par projection sur le même écran de trois images monochromes en superposition exacte,

    2. par juxtaposition sur la même surface de points lumineux des trois couleurs primaires. C’est le cas de l’Autochrome, de l’Omnicolore, du Dufaycolor et de nos modernes écrans numériques.

  2. La méthode soustractive, les couleurs « primaires » sont alors le Cyan, Magenta et Jaune (avec possibilité d’ajouter le noir) : CMY

    1. par création des trois couleurs dans trois couches d’une émulsion « diapositive », Kodachrome, Ektachrome et autres. C’est le cas aussi des photos Polacolor de Polaroïd et de l’Instant Color de Kodak.

    2. par superposition, par différents moyens de trois images monochromes sur un support unique. C’est le cas de toutes les impressions couleur, généralement en quadrichromie par ajout du noir.

Les premières études expérimentales et théoriques sur la couleur sont de Descartes, Newton, Young et Maxwell. (Maxwell fut le premier en 1861 a réaliser une analyse puis une synthèse trichrome.)
Toutes ces études ont mis en évidence que la vision humaine des couleurs se faisait grâce au fait que les cônes de la rétine se répartissaient en trois catégories de sensibilité spectrale différente.
L’application pratique de la trichromie pour obtenir la couleur par la photographie a été proposée à la fois, mais indépendamment, par Louis Ducos du Hauron et Charles Cros en 1869.
Si Charles Cros s’est limité à l’aspect théorique, Louis Ducos du Hauron a consacré sa vie à la réalisation pratique, il est aussi l’inventeur des anaglyphes et a participé à la mise au point de l’Omnicolore avec la société Jougla.

La réalisation pratique d’images en couleurs par la photographie se heurte à deux difficultés :

  • À la sélection, il faut obtenir trois clichés qui ne contiennent que l’information de la couleur correspondante, difficulté accrue par le fait que les procédés argentiques fournissent des épreuves négatives.

  • Lors de la synthèse, il faut que les encres ou les colorants correspondent exactement à la sélection et n’aient pas de réactions entre elles.

Sans la découverte de l’aniline et de ses dérivés, la reproduction des couleurs seraient restée une curiosité de laboratoire. (AGFA = AktienGesellschaft Für Anilinfabrikation)
D’autre part, lors de la sélection à la prise de vue, et lors de la projection, il est possible d’utiliser des filtres formés de cuves contenant des solutions qu’il est possible d’adapter facilement et qui ne sont pas obligatoirement stables, alors que lors de l’impression, on doit avoir une stabilité dans le temps.

Sauf pour le bleu, on ne dispose pas de plaques sensibles à une et une seule couleur primaire, on doit filtrer la lumière naturelle avec des filtres colorés au moment de l’exposition. Différentes approches sont possibles :

  • – les trois clichés sont pris simultanément, avec comme variantes :

    • Trois objectifs fournissent trois images, mais sauf cas particulier (photographie astronomique) la parallaxe empêche la bonne superposition de l’image finale.

    • Un objectif unique de grand diamètre forme une image rejetée à l’infinie, reprise par trois (ou quatre) objectifs côte à côte. (Rouxcolor, procédé expérimenté pour le cinéma en couleur)

    • Un objectif, associé à des miroirs, dont deux semi-transparents fournit trois images sur trois plaques séparées. (Mélanochromoscope, appareils de reportage type Curtis Color Scout.)

  • Les trois plaques sont obtenues successivement, c’est le procédé le plus simple, et celui qui demande le moins de lumière. C’est la solution choisie pour le Multicolore et le Photochrome, mais aussi par une chambre à trois corps avec miroir tournant et la chambre des frères Gorsky.

S’il n’y a pas de problèmes de parallaxe spatiale, il y a un problème de parallaxe temporelle. En conséquence, on ne peut photographier que des objets ou des paysages dépourvus de mouvement. Il est par ailleurs important d’éviter des manipulations trop complexes (plaques, filtres) entre chaque prise. C’est le défi qu’il a fallu relever.

Avec Le Multicolore la rotation du disque se faisait grâce à un sélecteur manuel et on actionnait un levier pour escamoter les plaques. La principale différence, et non des moindres, entre Le Multicolore et Le Photochrome, réside dans la synchronisation de la mise en place des filtres et l’escamotage des plaques.

Les frères Lumière se sont bien sûr intéressés à la trichromie. Ils étaient bien placés pour avoir les plaques répondant aux desiderata, et avaient autour d’eux les meilleurs chimistes de l’époque… Il ont commercialisé sous le nom de ALL « Chroma » (écrit en caractères grecs) des séries de plaques stéréo obtenues par trichromies avec un procédé dérivant des colloïdes bichromatés de Poitevin. Le procédé lui-même et ses manipulations étaient beaucoup trop complexes pour envisager sa commercialisation. (ALL pour Auguste – Louis – Lumière)

Procédé soustractif sans trame, le ALL Chroma avait une saturation et des contrastes bien plus importants que l’Autochrome.

En 1901, Adolphe Miethe construit un appareil pour la « photo en trois couleurs naturelles » conçue par Willhem Bermpohl et qui, dès 1903, est présentée au grand public. C’est un appareil à trois plaques avec deux miroirs semi-transparents. Les appareils de Bermpohl ont été commercialisés jusqu’en 1939, à destination des professionnels de l’impression.

Des appareils du même genre ont été utilisés par les reporter américains, mais là aussi, c’était pour l’édition photo-mécanique des grands journaux.

Prokudin-Gorskii a pratiqué la trichromie pour le compte du Tzar avant la révolution Russe. Ses plaques, retrouvées en France ont été achetées par la Library of Congress aux USA.et sont disponibles en ligne. Il y a les sélections trichromes en N & B et les restitutions en couleur, obtenues par voie numérique, ce qui résout bon nombre de problèmes… Il prenait trois photos en trois temps, mais sur une plaque unique de 9 x 24 cm.

Vers la même époque, l’abbé Tauleigne avait développé son propre procédé dont l’exploitation en a été faite par la maison Mazo pour quelques séries de plaques de projection. Là aussi, les difficultés techniques de mise en œuvre eurent raison du développement commercial…

Il y eut même une dernière tentative avec un appareil sur film 35 mm d’origine italienne, le Sun Shine, muni de trois petits objectifs donnant trois images sur la surface de 24 x 36 mm.

Il faudra attendre l’arrivée des technologies numériques pour que la trichromie soit vraiment accessible aux amateurs qui, en général, sont bien loin de se douter des efforts faits par leurs prédécesseurs depuis bientôt 150 ans !