La reconstitution

Attention à la marche ! Nous commençons notre descente…

Les murs en pierres apparentes sont propices à l’évocation du passé. Une série d’agrandissements de « cartes de visite » montre des photographes et leurs appareils, suscitant l’envie de bien des collectionneurs actuels.

En face, nous voyons la reconstitution d’un atelier de photographe dont la finalité réelle est de permettre à l’animateur d’expliquer aux élèves des écoles ce qu’étaient les conditions d’existence vers les années 1870…
Nul doute que la demoiselle, dans ses plus beaux atours, n’aura aucun mal à tenir la pose et qu’elle supportera une fois de plus les explications sans broncher… Ah, si tous les élèves pouvaient être aussi calmes !
La grosse chambre « trois corps » est prête, le photographe a déjà réalisé la mise au point sur le dépoli, protégé de la trop vive lumière sous son voile noir, son assistant va collodionner la plaque de verre, la sensibiliser dans un bain de nitrate d’argent, la mettre dans le châssis après l’avoir sommairement égouttée.
Plein de solennité, l’artiste peut mettre le châssis à la place du dépoli, tirer le volet, adresser un large sourire à la demoiselle en lui recommandant de ne plus bouger et retirer le bouchon de l’objectif pour que le miracle puisse s’accomplir…
Le temps d’une comptine (ou d’un Ave Maria), l’objectif retrouve son bouchon, le volet est repoussé, le châssis passe des mains du maître à celles de l’assistant qui se précipite dans le laboratoire, chichement éclairé d’une lanterne à bougie avec son verre rouge. Le développement est rapide, soit aux sels de fer, soit à l’acide pyrogallique, puis un rinçage, le fixage, dans un bain de cyanure de potassium, ou plus prudemment dans un bain d’hyposulfite de soude. Un dernier lavage et le maître peut décider de la qualité du négatif. Ce dernier pourra-t-il donner de bonnes épreuves ou doit-on refaire la pose…

C’est bon, la demoiselle peut partir… Mais il reste du travail pour avoir une belle photographie. Il faut préparer le papier, salé ou albuminé, le sensibiliser, le sécher, l’exposer sous le négatif dans un châssis presse que l’on exposera au grand jour, développer l’image latente, la rincer, la fixer, la virer, la sécher et la calandrer pour pouvoir faire les indispensables retouches et la disposer enfin dans un cadre digne de tout ce travail.

Doit-on s’étonner qu’un tel portrait puisse couter trois semaines de salaire pour un ouvrier ?